"C'est à n'y rien comprendre...", soupira le garde champêtre.

-"Pour sur !!!", reprit le maire. "A vous dégoûter de la pratique !!!"

-"Tant d'efforts pour un résultat nul, qu'elle déception !!! Nous avons l'air ganache", conclut le maître d'école.

Les trois hommes s'en revenaient tristement vers St Bonnet Laschamp, crotté, fourbus, blessés  dans leur amour propre, leur fusil désormais inutiles en bandoulière. Derrières eux, les chiens tiraient une langue jusqu'a terre. L'haleine des chasseurs et des limiers se résolvait en une vapeur laiteuse. Le froid de janvier piquait, après un dernier reflet rouge, vers le couchant, la nuit s'installait déjà.

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Depuis l'aube, les chasseurs avaient battus  les champs et les landes, les taillis et les ravins, à la poursuite des renards dont le pays était infesté. Dans un vacarme infernal, des équipes de rabatteurs avaient réalisé un encerclement. Pas une oreille de goupil ne s'était montrés. On avait libéré les chiens, découvert des terriers, lâché des fox, enfumé. Bernique ! pas une queue de renard, les tireurs embusqués n'avaient pas eu l'occasion de faire parler la poudre. Par dépit, ils criblèrent de plombs les nids abandonnés par les pies et les corbeaux. Bref, une journée gâchée pour ces pauvres tartarins.

A l'orée du village, les trois hommes retrouvèrent leurs compagnons du matin. Le maire fît l'appel, il ne manquait personne parmi les quarante fusils. Le bilan fut dressé; le tableau de chasse était vierge. Et chacun de s'interroger, de ruminer l'échec, de redouter par avance les quolibets de l'épouse ou de la mère quand il rentrerait au logis. On se sépara enfin; après avoir juré de faire mieux la prochaine fois, ce qui était du domaine de l'espérance permise.

Pourtant, les renards existaient, indubitablement. Pas une nuit ne passait sans qu'un poulailler ne fût visité, ici ou là, dans la commune. Au petit matin,  les fermières retrouvaient des poules et poulets que des plumes ensanglantées. Il  eût fallu monter la garde devant chaque bâtiment.

Devant l'audace des renards, les chasseurs avaient donc décidé d'une battue. On sait ce qui advint. Et; comme pour narguer les infortunés nemrods, dans les nuitées qui suivirent cette chasse fameuse fameuse, les goupils firent un véritable carnage. A  cette cadence, la gent gallinacée de St Bonnet Laschamp était menacée d'extinction à bref délai. Que se passait-il donc !!! il faut remonter en arrière de quelques lunes

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Un jour d'avril, le fils de l'instituteur, était parti cueillir un bouquet de jonquilles dans les prairies qui longent le Sardon, prés du moulin de la Serve. Il marchait dans la nature neuve quand il entendi de petits cris plaintifs. Est-ce un chiot égaré, ou un chaton qu'une âme malintentionnée avait déposée là pour le faire perdre. Guidé par les gémissements, l'enfant s'approchat et, dans l'herbe, ou la fougère commençait à déplier ses cosses, il découvrit un petit animal inconnu, les oreilles droites et le museau saillant, noyés dans une boule de poils roux.

C'est ... un renardeau.

Le petit garçon aimait la nature et ses hôtes. Il aurait bien bien voulu rendre le petit à sa maman, mais comment faire !!! Ou était la renardière natale !!! Et mère Renarde, ou se trouvait elle !!! Morte peut-être, tuée par un chasseur ou victime d'un piège, très loin d'ici. L'enfant, du haut de ses neufs ans, pensa; "si j'abandonne à son sort, il est promis à une mort certaine. Je vais le rapporter à la maison et le nourrir. Quand il sera adulte, je lui rendrai la liberté.

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A la fois fier et confus, le garçonnet revint à la maison avec son trophée vivant. Ses parents se récrièrent mais l'enfant sut trouver les mots qu'allaient les convaincre.

Le renardeau baptisé "Nez-pointu" fut allaité au biberon, bercé et choyé comme un poupon et, ma fois, se trouva  très bien dans sa position de captif. Il grossit, devint un bel adulte qui semblait avoir abdiqué toute véllirité d'évasion. Les chats et les chiens du voisinage, après avoir fait le dos rond et montrés griffes et crocs, tolérèrent l'intrus. Seules, les poules, sans doute mues par un instinct atavique, manifestaient leur désapprobation et leur terreur par des gloussements apeurées. La nuit, Nez-pointu, dormait dans une niche, au fond du jardin. Pendant le jour, il se mêlait aux jeux des écoliers et assistait volontiers à la classe.. 

Un renard appriviosé, voila qui n'etait pas banal !!!

Les renards sont réputés pour leur ruse. Nez-Pointu n'échapait pas à la règle. De plus, il avait hérité en prime une vive intelligence. Il assimila sans trop de peine les rudiment du langage des hommes, sans cependant les les reproduire, appris trés vite à accourir à l'appel de son nom, il dressait les oreilles à chaque fois que l'on prononçait le mot "renard".

Il n'était pas question de rendre l'animal à ses bois et ses guerets. Il n'aurait sans doute pas su y trouver sa nourriture, s'y défendre. C'était un renard embourgeoisé, certes, il lui arrivé bien de faire quelques escapades, mais il rentrait au bercail avant la nuit.

images (6)Nez pointu partagea la vie quotidienne des villageois, explora à loisir le monde alentour, découvrit des objets insolites. L'un, en particulier, l'impressionna beaucoup. C'est une espece de long tuyau noir emmanché sur un triangle de bois vernis, qui pouvait se plier et dans lequel on glissait des de petits tubes de couleurs. Les hommes s'en servaient, le jour de la fête patronale, pour faire beaucoup de bruit et briser en miettes des soucoupes noires, là-haut, en plein ciel.

Nez-Pointu fit aussi une remarque. Quand l'été déclinait et que les bois commençaient à roussir, le maître d'école, comme de nombreux hommes du village, fourbissaient le long tuyau, ciraient leurs guêtres,  garnissaient leur ceinture de petits tubes multicolores. A pique d'aube, ils partaient en campagne avec leurs chiens pour revenir le soir avec un lièvre roidi dans leur gibecière; fort heureusement jamais de renard.

Or , un soir d'hiver, tous les chasseurs de St Bonnet Laschamp se réunissaient à la mairie . Nez-Pointu se disposait à aller dormir, mais ce remue ménage l'inquietait; il vint fureter près de la porte et entendit une voix excédée qui clamait:

-Ca ne peut plut durer ! Il faut organiser une battue et tuer tous les renards ! Ce sera dimanche qui vient.

Le sang de Nez-Pointu ne fit qu'un tour. Bien que partageant la vie des hommes, il n'avait pas renié ses origines. La voix du sang lui dicta sa conduite; il irait prévenir ses frères des bois.

Il en fut ainsi à chaque battue. La nuit précédant l'attaque, l'espion infiltré chez les chasseurs sonnait l'alarme dans tous les terriers. Le peuple renard, les femmes et les enfants d'abord, les mâles ensuite, changeait de territoire pour une journée. Étonnez vous après que les chasseurs brayaud revinssent invariablement bredouilles de leurs expéditions !

Cette histoire, la croira qui voudra, je la tiens d'un vieux chene, qui me l'a contée, un jour ou je musais dans un chemin vert.

C'était au bon temps, quand les arbres parlaient...

jean-claude,